Introduction
De temps en temps, effectuer la pesée d’un aéronef non complexe non exploité en opérations commerciales (EASA ou Annexe 1) peut s’avérer nécessaire afin de s’assurer que l’aéronef respecte toujours les limites de la masse maximale au décollage (MTOM) ainsi que les limites de centrage préconisées par le constructeur.
Les changements susceptibles d’avoir un impact significatif sur ces deux paramètres sont notamment :
- une peinture complète de l’aéronef ;
- une réparation importante (par exemple à la suite d’un incident ou d’un accident) ;
- une modification majeure (STC, SB constructeur, etc.) ;
- l’accumulation de plusieurs modifications de type CS-STAN, même réparties sur plusieurs visites.
Cas nécessitant une pesée
1. Variation de masse
La somme des masses ajoutées ou retirées, avion à vide, est supérieure ou égale à ± 0,5 % de la MTOM.
Quelques exemples concrets pour mieux comprendre :
Aéronef A
- Modification 1 : + 5 kg
- Modification 2 : − 2 kg
- Réparation 1 : + 1 kg
Poids accumulé : 5 − 2 + 1 = 4 kg
MTOM : 1 250 kg → 0,5 % = 6,25 kg
➡️ La variation de masse reste inférieure au seuil de 6,25kg : pas de nouvelle pesée ou de re-calcul requis.
Aéronef B
- Modification 1 : + 7 kg
- Modification 2 : + 3 kg
- Réparation 1 : + 1 kg
Poids accumulé : 7 + 3 + 1 = 11 kg
MTOM : 1 250 kg → 0,5 % = 6,25 kg
➡️ Le seuil de 6,25kg est dépassé : une pesée ou un re-calcul est requis.
⚠️ Il est important de retenir qu’il s’agit bien de la somme algébrique des masses ajoutées et retirées, et non d’une modification prise isolément.
2. Impact sur le centrage
💡 Pour un avion, une pesée ou un re-calcul est également requis lorsque la variation du centre de gravité atteint ou dépasse ± 0,5 % de la corde moyenne aérodynamique.
Qui peut effectuer la pesée ?
Aéronefs EASA (avions et hélicoptères)
La pesée doit être réalisée par le constructeur ou par un organisme de maintenance agréé (Part-145 ou Part-CAO), à l’aide d’équipements étalonnés.
Planeurs et montgolfières (EASA)
En complément du constructeur ou d’un organisme agréé, un technicien Part-66 indépendant est autorisé à effectuer la pesée.
Aéronefs relevant de l’Annexe 1 (Non-EASA)
La pesée peut être réalisée par la personne ou l’atelier mentionné sur la déclaration d’entretien, en complément du constructeur ou d’un atelier agréé (UEA, « primes », ou DGAC 145 / CAO France).
Périodicité des pesées
Pour les aéronefs non complexes exploités en Part-NCO, aucune périodicité réglementaire systématique n’est imposée pour la pesée. Cependant, les recommandations du constructeur relatives au maintien de la navigabilité (ICA, AMM, SB, CN, etc.) peuvent prévoir une périodicité (2 ans, 4 ans, 5 ans…).
ℹ️ Cette périodicité n’est à intégrer au programme d’entretien que si le responsable du maintien de la navigabilité a choisi de baser ce programme sur les recommandations du titulaire du certificat de type (TCH).
Dans le cas contraire, le responsable du maintien de la navigabilité peut définir un programme d’entretien différent, sous sa responsabilité, dès lors que celui-ci garantit le maintien de la navigabilité de l’aéronef.
Lorsque les recommandations constructeur sont retenues, une déviation peut être introduite dans le programme d’entretien via la page « Annexe C – Tâches de maintenance alternatives ».
Dans tous les cas, la responsabilité finale incombe au responsable de navigabilité de l’aéronef :
- à l’organisme agréé lorsque le programme d’entretien est approuvé par celui-ci ;
- au propriétaire lorsque le programme est déclaré.
Enregistrement et documentation
Toute pesée doit être consignée sur une fiche de pesée, laquelle informe les pilotes des possibilités de chargement de l’aéronef.
Cette fiche doit être archivée avec les documents de bord et conservée à bord.
Il est recommandé de présenter une charge maximale reflétant l’utilisation réelle de l’aéronef.
Lorsqu’un aéronef est utilisé pour des activités distinctes (par exemple voltige et vol de plaisance), plusieurs fiches de pesée peuvent être établies.
La DGAC et l’OSAC ont publié des fiches de pesée pour les avions, hélicoptères et planeurs.
Pour les montgolfières, une feuille de pesée incluant les calculs de masse est considérée comme acceptable.
Synthèse réglementaire
| Type d’aéronef | Cadre réglementaire | Seuil déclencheur | Périodicité de pesée |
|---|---|---|---|
| Aéronefs non complexes – EASA | |||
| Avions / Hélicoptères (non commerciaux) |
Part-ML NCO.POL.105 |
± 0,5 % de la MTOM ou (avions) variation du CG ≥ ± 0,5 % de la CMA |
Aucune périodicité réglementaire systématique obligatoire uniquement si le programme d’entretien est basé sur les recommandations du TCH |
| Planeurs / Montgolfières | Part-ML | Dépassement du seuil masse ou centrage selon les critères applicables |
Selon le programme d’entretien applicable |
| Aéronefs relevant de l’Annexe I | |||
| Tous types | Annexe I Cadre national |
Selon l’impact masse / centrage constaté et les règles définies par le cadre d’entretien |
Selon la déclaration ou le programme d’entretien |
| Cas communs – modifications cumulées | |||
| Tous aéronefs | EASA / Annexe I | Dépassement du seuil calculé sur la somme des masses ajoutées et retirées |
À l’atteinte du seuil (pas de périodicité fixe) |
Conclusion
La pesée d’un aéronef non complexe exploité sous règlement NCO n’est pas un acte systématique, mais un outil essentiel pour garantir le respect des limites de masse et de centrage. L’analyse de l’accumulation des modifications et le choix du programme d’entretien restent des décisions clés, placées sous la responsabilité du responsable de navigabilité.


Commentaires
Bonjour Philippe.
En pratique, il n’existe pas de fiche de pesée officielle « modifiable » destinée à intégrer directement des ajouts ou retraits de masse par simple recalcul.
Les fiches de pesée type DGAC / OSAC ont vocation à constituer un document final, reflétant l’état de masse et centrage de l’aéronef à un instant donné. Lorsqu’un re-calcul de masse et centrage est autorisé (variation de masse et/ou de centrage inférieure aux seuils réglementaires), celui-ci est généralement réalisé à l’aide d’une feuille de calcul ou d’un document interne de suivi, conservé dans le dossier de maintenance.
Si ce recalcul conduit à une mise à jour significative des données d’exploitation, une nouvelle fiche de pesée est alors établie et archivée, plutôt que la modification d’une fiche existante.
Il n’existe donc pas, à ce jour, de modèle CERFA ou officiel prévu spécifiquement pour des mises à jour incrémentales par calcul.